Cameroun
1. CADRE MACRO-ECONOMIQUE ET SECTORIEL
1.1. CADRE MACRO-ECONOMIQUE DU PROJET
1.1.1. Généralités
Le Cameroun est situé au fond du Golfe de Guinée, et occupe une superficie de 475.442 km² avec une population estimée en 2008 à 18,5 millions d’habitants et un rythme annuel moyen de croissance démographique estimé à 2,8%. Les langues officielles sont le français et l’anglais. Pays membre de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), le Cameroun partage ses frontières avec le Nigeria, le Gabon, le Congo, le Tchad, la RCA et la Guinée Equatoriale. Il est considéré comme le moteur de la croissance de la zone.
Le Cameroun est doté d’infrastructures les plus modernes dont trois principaux ports (à Douala, Limbe et Kribi) ainsi que trois aéroports internationaux (Douala, Yaoundé et Garoua). Le pays dispose aussi d’un important potentiel hydroélectrique ayant permis la construction de barrages, d’un réseau téléphonique, des voies de communication terrestres, et d’un chemin de fer qui relie le sud et le nord du pays sur environ 900 km.
Les principaux produits d’exportation sont : le cacao, le café, le bois, l’aluminium, la banane, le coton, l’hévéa, l’huile de palme, l’ananas. Le pays est également producteur de pétrole.
1.1.2. Evolution de la production et de l’inflation
L’année 2008 s’est caractérisée par une amélioration des agrégats macroéconomiques, enregistrant une croissance économique soutenue, un raffermissement de l’excédent budgétaire global quoi qu’en en léger repli par rapport aux réalisations de 2007 et du compte des transactions courantes, une détérioration de la situation monétaire, tout ceci dans un contexte de forte reprise des tensions inflationnistes.
La croissance économique en hausse en 2008 s’est établée à 4,3% contre 3,4 % un an plus tôt, imputable essentiellement à la l’évolution de l’activité non pétrolière qui a cru de 4,6% alors que le secteur pétrolier s’essouffle. Cette croissance entraîne une progression du PIB réel par habitant de 1,7%.
Du côté de l’offre, les performances économiques ont été soutenues par la vigueur du secteur tertiaire, du secteur secondaire avec notamment l’amélioration de l’offre énergétique, et, dans une moindre mesure, du secteur primaire avec la bonne tenue de l’agriculture vivrière grâce à une bonne pluviométrie. Le secteur primaire contribue à hauteur de 0,8 point à la croissance, sous l’effet de l’amélioration de la production vivrière avec l’appui multiforme apporté aux paysans par les autorités et le délaissement de certaines cultures d’exportation au profit des cultures vivrières plus rentables à court terme. L’apport du secteur secondaire s’est situé à 0,2%, en liaison avec l’évolution des activités industrielles, et principalement les industries agroalimentaires telles que la production de chocolat et des boissons. En revanche, la sous branche des Bâtiments et Travaux publics a déprimé la croissance de 0,1 point. Au niveau du secteur tertiaire, principal moteur de la croissance avec un apport de 3%, l’amélioration des services de commerce, hôtellerie et restaurant a joué favorablement au redressement de ce secteur. Parallèlement, le concours de la sous-branche services non marchands a été de 1,4%. Enfin, la contribution du sous-secteur des transports et communications de 0,4% en 2008 a été atténuée par des difficultés rencontrées notamment par les vols domestiques.
S’agissant de la demande, la demande intérieure, principal déterminant de la croissance économique, a enregistré un concours de 6,4 points en 2008, en liaison avec l’évolution de la consommation globale dont la contribution a atteint 4,2 points propulsée par la consommation privée (3,7 points). Le redressement de la consommation privée s’explique par des mesures prises par le gouvernement de revaloriser les salaires des agents de l’État et de supprimer des droits et taxes sur certains produits alimentaires de base. En revanche, la demande extérieure nette a affecté la croissance de 2,1 points, expliquée par l’augmentation des importations plus forte que celle des exportations.
Les acquis de la bonne maîtrise de l’inflation en 2007 se sont dissipés en 2008. Le taux d’inflation, mesuré par l’indice des prix à la consommation s’est établi à 5,1% en 2008 contre 1,1% en 2007. Cette forte reprise de l’inflation est liée à la forte augmentation des postes « alimentation, boissons et tabac » et « dépenses de maison » au cours du premier semestre de l’année 2008, en rapport direct avec les mesures prises sur l’amélioration du niveau de rémunération des fonctionnaires de l’État.
1.1.3. Situation des finances publiques
Le principal objectif de la politique budgétaire en 2008 était la poursuite de la consolidation de l’assainissement des finances publiques, à travers une amélioration du recouvrement des recettes non pétrolières et le maintien de la discipline budgétaire tout en recherchant les voix et moyens d’amélioration des conditions de vie des populations.
Dans ce contexte, les recettes budgétaires totales en hausse de 15 % se sont situées à hauteur de 2 148,2 milliards (20,1 % du PIB) en 2008 contre 1 867,9 milliards (19,3 % du PIB) une année auparavant, en liaison avec la forte augmentation de 15,9% des recettes pétrolières et de 14,6 % des recettes non pétrolières. Les recettes pétrolières ont atteint 731,2 milliards en 2008 contre 631 milliards en 2007, en liaison avec l’élan de la hausse soutenue des cours internationaux du baril atténuée par le recul de la production et la dépréciation du dollar par rapport au FCFA. Les recettes non pétrolières, quant à elles, sont de 1 417 milliards en 2008 contre 1 236,9 milliards l’année précédente. Cette évolution résulte de la bonne performance des recettes d’impôts sur les revenus en augmentation de 27%, des impôts sur les biens et services en progression de 6,1%, des taxes sur le commerce international (+ 27,4%) et des autres recettes fiscales de plus de 36,8%.
Les dépenses budgétaires totales se sont inscrites en forte hausse de 29,1%, pour se situer à 1 981,1 milliards contre 1 534,71 534,7 milliards un an plus tôt. Les dépenses courantes sont passées de 1 145,7 milliards en 2007 à 1 373,1 milliards en 2008, en hausse de 19,8%. Les traitements et salaires sont passés de 435 milliards en 2007 à 575 milliards en 2008 sous l’effet de la revalorisation des salaires du personnel de la fonction publique. Les dépenses de biens et services ont été contenues à 436 milliards en 2007 contre 432 milliards en 2008. Les dépenses liées aux transferts et subventions ont été portées à 323,1 milliards en progression de 40,5%. Les dépenses en capital se situent à 511 milliards contre 342 milliards en 2007. Celles financées sur ressources propres sont passées de 280 milliards à 408 milliards en 2008.
L’excédent du solde primaire s’est contracté à 2,9% du PIB en 2008 contre 4,5% du PIB en 2007, et celui du solde budgétaire de base à 2,5% du PIB contre 4,1% du PIB un an plus tôt.
Enfin, la gestion des finances publiques en 2008 a dégagé un excédent budgétaire, base engagements, hors dons, de 167,1 milliards (1,6 % du PIB), en baisse par rapport à celui enregistré l’année précédente qui atteindrait 333,2 milliards (3,4 % du PIB).
Compte tenu de l’apurement des arriérés de la dette intérieure de 37 milliards, l’amortissement de la dette extérieure de 71 milliards, le désengagement vis-à-vis du système bancaire et non bancaire de 238,1 milliards, le besoin de financement du Trésor se situerait à 179 milliards, et serait entièrement couvert par les tirages extérieurs à titre de prêts aux programmes et projets de 103 milliards et les dons de 76 milliards.
1.1.4. Balance des paiements
Dans le domaine des échanges extérieurs, le déficit des transactions courantes, hors dons s’est aggravé davantage pour se situer à 285,7 milliards (2,7% du PIB) en 2008 contre 191,7 milliards (2% du PIB) en 2007, suite à la performance enregistrée par les balances du commerce extérieur (+257 milliards en 2008 contre 249,6 milliards une année plus tôt), la contre-performance de la balance des services (-392,5 milliards en 2007 à -488,8 milliards en 2008), des transferts courants (+174,2 milliards en 2007 à 141,7 milliards en 2008 et du solde de la balance des revenus ( 130,2 en 2008 contre 126,6 un an plus tôt).
Le solde positif du compte de capital et des opérations financières s’est réduit en 2008 pour atteindre 313,1 contre 610,9 en 2007, en relation avec l’atténuation de l’effet de l’annulation de la dette et de la baisse des investissements à long terme.
En définitive, l’excédent global de la balance des paiements serait fortement affecté, pour se replier à 92,8 milliards en 2008 contre 439,2 milliards un an auparavant. Ces ressources serviraient essentiellement à consolider les réserves officielles.
En ce qui concerne la dette publique, le ratio du stock de la dette extérieure s’est fléchi de 9,9 % du PIB en 2007 à 9,3 % du PIB en 2008. De même, les ratios du service de la dette par rapport aux recettes budgétaires et aux exportations de biens et services se sont réduits, de 4,8 % et 3,8 % du PIB en 2008 contre 6,3 % et 4,9 % du PIB en 2007.
1.1.5. Situation monétaire
L’évolution de la situation monétaire du Cameroun en 2008 s’est caractérisée par un affermissement de la position extérieure nette, une baisse des créances nettes sur l’État ainsi qu’un net accroissement des crédits à l’économie et de la masse monétaire. Ainsi, le taux de couverture extérieure de la monnaie s’est fixé à 93,7% contre 88,6% en 2007.
Les avoirs extérieurs nets ont progressé de 7,6 %, pour atteindre 1628,2 milliards en 2008 en relation avec le gain de l’élan de la flambée des cours du brut et des annulations de la dette extérieure.
Les crédits à l’économie a augmenté de 10,8 %, pour se fixer à 1199,9 milliards en 2008 contre 1083,1 milliards un an auparavant.
Les créances nettes sur l’État sont passées de -423,4 milliards en 2007 à -596,9 milliards en 2008, traduisant ainsi le maintien de la discipline budgétaire et l’impact des allègements de la dette extérieure, donc l’amélioration de la trésorerie de l’État.
En conséquence de l’évolution des agrégats ci-dessus, la masse monétaire s’est appréciée de 3,5 % pour se situer à 1953,3 milliards en 2008 contre 1887,9 milliards en 2007.
1.1.6. Situation sociale
Au cours du premier semestre 2008, le DSRP a été mis en œuvre dans un contexte marqué par la flambée des cours internationaux du pétrole et le déficit de l’offre des produits alimentaires. Cette situation a entraîné en février 2008, une grève des transporteurs qui s’est soldée par des violents troubles sociaux.
Pour tenir compte des revendications des populations en matière de pouvoir d’achat, les autorités ont pris une série de mesures urgentes notamment :
la revalorisation des salaires dans la fonction publique de 15% et l’ajustement de l’allocation logement de 10 à 20% du salaire de base ;
la suppression ou la réduction des impôts et droits de douane sur certains produits de grande consommation notamment le riz, le blé, l’huile de palme, l’huile de table et le poisson ;
la baisse et le gel des prix à la pompe des produits pétroliers.
Par ailleurs, pour tenir compte des doléances des populations lors des consultations participatives d’élaboration du DSRP de deuxième génération, au cours desquelles l’enclavement et le désengagement de l’État du secteur agricole ont été évoqués comme les facteurs déterminants la pauvreté, les autorités ont décidé de réorienter l’investissement public vers le développement des infrastructures et la relance du secteur agricole.
1.1.7. Relation avec les Institutions financières internationales
1.1.7.1. Relations avec les Institutions de Bretton Woods
Le Conseil d’administration du FMI a conclu le 30 juin 2008 la 5e revue du FMI du programme économique du Cameroun soutenu par la FRPC. Il a par ailleurs accordé une extension du programme FRPC (juillet 2005 – juin 2008) jusqu’à fin janvier 2009 afin de compléter la sixième revue qui sera basée sur les critères de réalisation quantitatifs et structurels à fin juin 2008.
En août/septembre 2008, une mission conjointe FMI, Banque Mondiale et BAD a séjourné au Cameroun et a mené les discussions au titre de la sixième et dernière revue du programme triennal du gouvernement. Au cours de ces discussions, il en est ressorti que la plupart des critères et repères quantitatifs ont été respectés à fin juin 2008 à l’exception du critère sur le plancher du solde primaire non pétrolier en raison des recettes non pétrolières inférieures aux prévisions. Le Fonds a félicité les autorités camerounaises pour la bonne performance en matière budgétaire. Le défi à relever reste le maintien de l’équilibre entre une politique budgétaire prudente et les réponses à apporter aux conséquences de la hausse des prix alimentaires et du carburant, ainsi que la promotion de la croissance à travers les réformes structurelles et les investissements. Par conséquent, les autorités sont invitées à privilégier les subventions aux groupes vulnérables par rapport aux subventions généralisées. En outre, la soutenabilité de la dette publique doit être recherchée dans les projets d’investissement à long terme ainsi que la mobilisation des ressources non pétrolières. Enfin, il demeure important d’adopter un plan d’action approprié pour améliorer l’intermédiation financière, le commerce et l’environnement des affaires.